LA PARENTALITE AUX ETATS-UNIS AUJOURD'HUI
Martin Maldonado-Durán et Charles Millhuff repondent aux questions de Leticia Solis-Ponton
Comment définissez vous aujourd'hui ,aux Etats-Unis, la parentalité ?
Aux Etats-Unis nous utilisons plusieurs termes pour parler des activités liées à l'éducation et à la garde des enfants, dont l'un est « parenting », lequel recouvre une série de soins que les parents ou leurs substituts exécutent pour assurer le bien-être et le développement des enfants.
Dans la littérature scientifique les termes " caregiver " ou « caretaker » ( gardien ou tuteur) sont souvent employés de préférence au terme «parent », parce qu'il s'agit de termes génériques, pouvant se rapporter à toute personne assumant des fonctions de parentalité vis-à-vis des enfants. Que ce soit de façon permanente ou non. Et à cet égard malheureusement, beaucoup d'enfants aux USA sont ballottés pendant leur enfance entre de multiples familles de remplacement ("foster-families"). En effet, aux Etats-Unis, compte-tenue du nombre très élèvé des divorces, on estime qu'environ 50% des enfants connaîtront une séparation de leurs parents biologiques avant d' atteindre l'âge de 18 ans.
Les nouveaux partenaires des parents sont donc ces figures de parentalité auxquelles un enfant se rattache quand son père ou sa mère se remarient chacun de son coté. Dans certaines familles peuvent se succéder plusieurs ruptures suivies de remariages, situation pour le moins confuse pour l'enfant comme pour son psychothérapeute, pour qui il est difficile d'établir ce que peut être le rapport avec huit pères par exemple. On utilise dans le langage familial le terme de "step parents" pour ces parents substituts qui se succèdent dans la garde de l'enfant. Ceci donne une idée de la gageure que représente cette situation pour un enfant, quand on sait que le rapport qu'il établit avec d'autres adultes sera significatif dans sa vie.
Aux États-Unis terme « parentification », désigne le processus par lequel un individu devient parent, ce terme recouvre selon Lebovici le travail psychologique qui accompagne le devenir parent, Hoffmann (Hoffman, 1995) pour sa part, s'y réfère comme à un processus par lequel le parent « crée un espace » pour le bébé, dans la réalité physique comme dans sa réalité psychique .
Le terme parenting recouvre la manière dont les parents prennent soin d'un enfant. En général, les parents sont très friands des "recettes pratiques" d'éducation comme témoigne la prolifération de livres consacrés à l'enfant. Ainsi le fameux livre du Dr. Spock paru il y a plusieurs décennies occupe le deuxième rang (après la Bible) dans les ventes mondiales. Mais ce qui , par ailleurs, rend beaucoup de ces sources de conseil parental préoccupantes, c'est qu'elles s'attachent seulement au comportement « extérieur » de l'enfant sans prendre en compte les émotions, la vie interne, les motivations et les angoisses de celui-ci. Une grande partie de ce genre de conseil est donc purement comportementale : « si votre enfant fait ceci........., faites cela...... » ; c'est la recette de cuisine (cookbook) type. Or, une des raisons de l'incertitude des nouveaux parents et de leur manque d'expérience en face des enfants peut être trouvée dans les changements récents des familles et de leur style de vie. Cet intérêt témoigne également de l'enjeu que représente l'éducation des enfants pour beaucoup de nouveaux parents, et de jeunes parents en particulier. Notre travail clinique nous permet de rencontrer beaucoup de très jeunes parents qui n'ont la moindre idée de c'est que c'est qu'une famille ni de c'est qu'implique les soins à des jeunes enfants Ils essayent donc de trouver cette information dans les livres.
2. Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les familles dans le domaine de la santé mentale aux USA?
Les familles aux USA sont confrontées à de multiples défis . La famille a tellement changé qu'il est difficile de parler encore d'une famille « type », que sont un père , une mère et deux ou trois enfants, c.-à-d. une famille nucléaire. Pour certaines des raisons mentionnées ci-dessus, comme le divorce, les familles recomposées , la mobilité sociale élevée, etc. les familles prennent beaucoup de formes nouvelles et s'inscrivent dans des modèles divers. Sans oublier les familles monoparentales où la mère - ou encore le père sont célibataires. Beaucoup de grand-parents prennent en charge leurs petits-enfants parce que leurs propres enfants en sont incapables, pris dans des problèmes de drogue ou de criminalité. En outre, aux Etats-Unis, il faut remédier à de graves problèmes de maltraitance engendrés par un système de parents-substituts (step-parents ), particulièrement défectueux . Beaucoup d'enfants confiés à ce système connaissent des difficultés, et certains enfants passent d'une famille à l'autre, d'un foyer à l'autre très rapidement, ce qui rend les attachements très difficiles.
Nous nous concentrerons sur certaines questions essentielles :
Garde de jour et soin de remplacement
Aux États-Unis on estime qu'environ la moitié des femmes occupent un emploi, cette situation génère des prise en charges nouvelles auxquelles doivent s'adapter les familles et notamment, la garde des enfants.
Mais, contrairement
à ce qui se pratique dans beaucoup de pays européens ou au
Canada, la garde des enfants aux Etats-Unis relève de l'entreprise
privée et n'est que très peu encadrée par des règlements
précis touchant à la qualité des soins ou au niveau
de compétence exigée de ceux qui travaillent dans ce secteur.
On estime que 40% des soins que reçoivent les enfants dans ces établissements
peuvent nuire à leur développement psychologique, émotionnel
ou social). Par exemple,beaucoup de jeunes enfants passent de 8 à
10 heures par jour dans ces centres maternels. Or beaucoup de centres connaissent
une rotation constante et significative des équipes.
Cela signifie que les enfants perdent leur figures d'attachement.
Dans la société américaine, la valeur accordée
à l'assistance à l'enfance et au soin des enfants est relativement
basse. Dans une garderie de mauvaise qualité, les enfants qui passent
là beaucoup d'heures, peuvent être exposés à
un bruit et une agitation excessifs, et avoir très peu l'occasion
de vivre des interactions tranquilles et personnelles avec d'autres adultes.
Beaucoup de centres maternels sont gérés par des règles
simplistes de modification du comportement, visant à ce que les
enfants consolident leur conduite grâce à des renforcements
positifs mais souvent aussi négatifs. Ceci laisse peu de place à
une « éducation émotionnelle », mise
à part les multiples interruptions des attachements qu'un enfant
peut connaître. Dans notre travail clinique, nous rencontrons des
mères et des pères qui souffrent et hésitent beaucoup,
à reprendre leur travail après la naissance d'un enfant.
La grossesse des adolescentes
Les USA sont le pays industrialisé qui connaît le taux de grossesse le plus fort chez les adolescents. A cet énorme problème s'ajoute le fait que le soutien sociale de ces adolescentes est quasiment nul, donc la convergence des deux étapes critiques, celle de la adolescence et celle de la maternité rend très difficile la mise en place du rôle maternel.
Le changement de rôle des hommes et des femmes.
Les parents d'autre
part, s'interrogent sur le partage du travail dans la famille. Les hommes
nord-américains s'impliquent peut-être davantage dans les
soins à donner aux enfants que dans beaucoup d'autres pays dans
le monde. Beaucoup de pères cuisinent, nourrissent leurs bébés,
les portent, changent les couches, lavent le linge etc... On attend davantage
un partage des activités domestiques que par le passé où
elles étaient reléguées aux femmes et aux mères.
Cette tendance est peut-être une réponse à certaines
des pressions exercées sur la famille
actuelle.
Or ,un des problèmes que rencontre le modèle "idéal" de la famille nucléaire est précisément l'absence de père. Pour un très grand nombre de familles, c'est un facteur de tension primordial. Le fait d'avoir grandi sans père a été associé à un risque de criminalité plus élevé chez les garçons et au plus fort taux d'échec scolaire. Chez les filles, cette absence débouche sur des grossesses précoces. Cependant, même quand le père est présent, la transition vers la paternité est difficile.
La dépression maternelle
La dépression au moment où une femme devient mère est plutôt commune (Maldonado-Duran, Lartigue et Feintuch, 2000), et affecte entre 10 et 15 % de femmes pendant la période périnatale (même s'il n'y a pas beaucoup de stress psychosocial). Dans des situations de pauvreté, ou de haut degré de stress , la fréquence de la dépression peut être beaucoup plus importante. or, nous savons que la dépression est un problème grave pour la mère, qui peut se sentir écrasée par les demandes et les besoins de son nouveaux né et qu'elle peut avoir des conséquences négatives pour le bébé, c'est une problématique fréquente dans notre travail clinique.
La dépression maternelle, contrairement à ce qui pourrait apparaître, n'est pas un problème essentiellement biochimique, mais psychosocial (Matthey et al, 2000). Les plus grands facteurs de risque sont liés au fait d'avoir un conjoint distant, un niveau élevé de stress psychosocial, de vivre dans la pauvreté, d'avoir de petits enfants à la maison, une histoire personnelle des maltraitences précoces. L'isolement psychosocial contribue fortement à la dépression. Beaucoup de nouveaux parents sont entièrement isolés. Dans les villes et les zones où l'on connaît un stress élevé, ils se trouvent confrontés à leurs émotions et leurs doutes au moment où ils deviennent parents " par eux-mêmes ", seuls, sans personne avec qui partager ou avec qui échanger des expériences quand ils ont à s'en occuper . (Mathey et autres, 2000)
La Violence. Dans la famille et dans la communauté.
C'est là une autre source de stress importante pour les parents, en particulier pour ceux qui ont connu des difficultés en grandissant. La violence domestique est omniprésente, et plusieurs études ont estimé que environ 20% des femmes sont l'objet de violences pendant la période périnatale (Mezey et Bewley, 1997. Maldonado-Duran et autres, 2000. Petersen et autres 1997).
Pauvreté et accès limité à la sant
La pauvreté est souvent accompagnée d'un accès difficile à la santé. Contrairement à ce à quoi on pourrait s'attendre, bien que les États-Unis soit un des pays les plus riches au monde, la pauvreté y est très importante, en comparaison avec beaucoup de pays européens et avec le Canada. On estime qu'approximativement 20% des enfants vivent dans la pauvreté. Dans le Midwest des États-Unis, 5% des enfants ouffrent de la faim. Quand on prend en considération le facteur ethnique , le nombre d'enfants afro-américains qui vivent dans la pauvreté est proche de 60% contre environ 40%d'enfants Latinos. Plusieurs d'entre eux n'ont pas d'assurance- médicale de base, et ont un accès très limité à la santé, encore moins aux services de santé mentale.
Dans beaucoup de pays européens on considère que les enfants doivent avoir accès aux services médicaux sans que cela entraîne un coût supplémentaire pour les parents. Aux Etats-Unis la situation est tout à fait différente. Beaucoup d'enfants ne peuvent voir un pédiatre ou un médecin parce que les parents n'ont pas d'assurance médicale, même s'il ont un emploi, ils attendent souvent les urgences pour avoir recours au médecin.
Le divorce et la garde des enfants.
Une autre préoccupation des parents qui ont de jeunes enfants, vient des complications résultant du divorce et du droit de visite. La plupart des divorces aboutissent à "la garde partagée" entre les parents de l'enfant. Il semble donc que la loi ne prend pas nécessairement en considération l'intérêt réel de l'enfant, mais que, même de très jeunes enfants, sont traités, par les effets de la loi, comme étant "la propriété" de leurs parents. C'est là un motif assez fréquent de consultation.
Au moment crucial des problèmes d'attachement et de la recherche de proximité, l'enfant peut se trouver brusquement séparé de sa mère. Il y a beaucoup de travail à faire dans ce secteur, non seulement avec les parents, mais aussi avec les juges qui ne sont pas toujours conscients des effets qu'ont les séparations prolongées sur des enfants en bas âge.
Problèmes d'alcool et de drogue.
Un examen complet du sujet dépasse le cadre de ce bref inventaire. Cependant, il est important de souligner que l'usage illicite des drogues est un problème épidémiologique important aux USA. On estime qu'approximativement 20% des bébés sont exposés à l'alcool ou à une drogue illicite dans l'utérus maternel(cannabis, cocaïne, psychostimulants, methamphetamine, héroïne, etc. ).
Étudier les
effets réels des drogues sur des enfants et leurs résultats
est difficile pour plusieurs raisons dont la principale est que les drogues
ne sont pas utilisées seules, et que souvent les adultes ne se contentent
pas d'un seul type de drogue. En outre, l'usage de la drogue est très
souvent associé à plusieurs autres facteurs de stress psychosocial.
La femme droguée présente un risque élevé de
complications périnatales graves : naissance prématurée,
abruptio placentae et autres difficultés. Le bébé
dans ce cas, sera plus facilement prématuré, et pourra
présenter des difficultés dans la régulation,
des troubles du sommeil et de l'alimentation, et de multiples problèmes
d'intégration sensorielle et de concentration.
Le plus grave peut être est que ces parents souvent ne subissent pas de cures de désintoxication ou de réadaptation et continuent à s'occuper de leurs enfants tout en en usant de drogues, ce qui est à l'origine des problèmes de maltraitance, de négligence, de violence, de la multiplication des personnes chargées de la garde de l'enfant, des changements fréquents de domicile, ou de la perte d'un parent suite à son incarcération.
L. Solis. Vous brossez un tableau très poignant des parents aux USA ,de nos jours. Cela me fait penser d'abord à ce que disait S. Lebovici : les parents sont démunis face à leur tâche parentale et leur seul reférentce sont leurs propres parents, mais surtout leur expérience et la manière dont ils ont étés élèvés. Les cas de figure que vous décrivez sont plus dramatiques puisqu'ils nous confrontent au déficit, sinon à l'absence de ce modèle parental structurant. Soit parce que les parents ne peuvent pas consacrer de temps à leur enfant, soit parce que la spécificité du rôle du père et de la mère est noyée dans les exigences qu'impose la vie quotidienne. Il semble notamment que la figure du père fait defaut. Devant cet état de choses, on pense à l'augmentation des pathologies qui témoignent d'une pauvre structuration psychique et d'une absence de limites comme le comportement délinquant, la pharmacodépendance, les perversions, etc.
Il est très intéressant que les jeunes parents cherchent d'autres modèles ou des clés pour mieux faire face à leur tâche parentale, construire un moi-parental, si on peut dire. Lebovici disait :" s'il n'y a pas de père, il faut l'inventer, il faut pouvoir penser le père, il me semble que ça aide les familles".
Mais je suis attirée
tout particulièrement par le terme "step-parents" car il me semble
être la réponse spontanée des nouvelles familles face
à leur situation changeante, voire mutante. Un essai des familles
pour se penser elles-mêmes, se conceptualiser , trouver une figurabilité
afin de pouvoir se nommer. Appellation transitoire et très
parlante de ce moment de changement. Si on garde un certain optimisme à
l'égard du genre humain, Il me semble que cet espoir ,issu
de l'incertitude, serait le propre de l'homme, l'aidant à se penser
lui même, et pourrait bien désigner les"steping-parents".
Comment le rôle
des pères et des mères a-t-il été transformé?
Un des défis centraux que les familles nucléaires doivent
relever est la rapidité du changement social : passer d'une famille
étendue à une famille nucléaire. les femmes, dans
la période périnatale ,bénéficiaient du support
de leur propre mère, de leurs soeurs, de leur belle- mère
, de leurs cousines et d'autres femmes qui jouaient un rôle «
maternel ». Les hommes se contentaient d'apporter un soutien ou n'intervenaient
pas du tout. Cependant, avec la nucléarisation croissante des familles
et la mobilité élevée qui caractérise les pays
industrialisés, beaucoup de femmes ont perdu le soutien de leur
mère ou celui d'autres femmes, au moment de leur grossesse et après
la naissance du bébé. Ces fonctions sont alors reportées
sur le conjoint, le père de l'enfant. On s'attend à ce que
le mari remplisse, pour ainsi dire, des fonctions maternelles vis-à-vis
de son épouse, par exemple pendant la grossesse ou, du moins, dans
la période néonatale . C'est un rôle auquel les hommes
sont peu préparés et n'ont pas été socialisés
quand ils étaient enfants .
D'autre part, ce défi
est aussi l'occasion de construire ce qu'on pourrait appeler "le nouveau
père". Dans notre travail clinique nous rencontrons d'excellents
pères, qui sont tout à fait capables d'élever leurs
enfant, qui se montrent attentifs et sensibles à leurs besoins émotionnels
et qui sont heureux de "cette nouvelle identité". Dans certaines
familles le père est vraiment le soigneur primaire. Un père
qui passe beaucoup plus de temps à la maison qu'il ne le faisait
traditionnellement, qui s'occupe de changer les couches , de préparer
des repas, d'aider les enfants à faire leurs devoirs peut avoir
avec ses enfants une intimité qui était précédemment
le privilège des mères seules. Pour beaucoup d'hommes c'est
toujours un grand défi, mais d'autre part, c'est aussi l'occasion
de devenir "un nouveau père".
En ce qui concerne les situations pathologiques dans les familles comportant de petits enfants, pouvez-vous donner quelques exemples typiques de votre pratique clinique?
Il y a une grande variété de situations « pathologiques ». Récemment, nous avons procédé à l'évaluation rétrospective de 160 cas de consultation pour des problèmes émotionnels ou des problèmes de comportement concernant des bébés et de jeunes enfants (moins de trois ans). Nous avons souvent rencontré la situation dans laquelle un bébé montre des besoins très particuliers, ou a des difficultés à s'autoréguler, ce qui ne peut pas être compris par un parent qui fonctionne avec un « modèle de rapports » (Bowlby) dans lequel l'enfant « ne doit pas être » si dépendant. Ceci se produit par exemple avec un enfant très sensible, qui peut pleurer excessivement, avoir des difficultés d'alimentation, des problèmes de sommeil, ou se montrer très inattentif et physiquement hyperactif. Un tel enfant adresse des demandes spécifiques au parent, qui par exemple peut devoir porter le bébé davantage, ou être plus attentif à sa vulnérabilité. Mais quand les parents ont un schéma et une représentation très rigide de la manière dont un bébé "doit être", ils peuvent être inaptes à satisfaire les besoins d'un enfant. Ainsi, si le bébé a besoin d'être beaucoup porté, apaisé et demande de l'attention, le parent peut trouver très difficile d'apparier ses pratiques à ces besoins, et un cercle d'interactions mutuellement non satisfaisantes se met en place.
Naturellement, être empathique et sensible demande que soient réalisées un certain nombre de conditions : il faut souvent avoir soi-même été soigné de façon sensible lorsqu'on était enfant, ou ne pas avoir souffert plusieurs pertes et connu plusieurs ruptures. Ou, du moins, comme l'a expliqué Fonagy (1991), il faut avoir développé la capacité de réfléchir sur soi- même et sur les autres. Ce qui veut dire que, même lorsque le parent a été maltraité, ou traité durement, il peut réfléchir aux raisons pour lesquelles ses propres parents ont agi ainsi et comprendre ces réalités. Ce travail psychologique peut libérer le parent, qui devient plus disponible émotionnellement et psychologiquement pour l'enfant.
Dans les consultations thérapeutiques des parents de jeunes enfants, qu'attendent les familles du clinicien ?
Il semble que les attentes formulées par les parents forment une sorte de continuum : une gamme d'espérances et de besoins qui dépendent de la nature des difficultés présentées par l'enfant ou le bébé, et de la personnalité des parents . Les besoins peuvent être une simple demande d'information adressée à un expert, au sujet du développement infantile, le désir de comprendre l'unicité du bébé, d'être mieux renseigné sur la vie émotive des enfants, les caractéristiques du sommeil infantile, les besoins alimentaires, etc... Ces parents ont habituellement une bonne santé mentale, et sont très désireux de trouver des informations sur les problèmes ou les difficultés de leur enfant. Ils ont simplement besoin de cette information et sont tout à fait disposés à la prendre en compte pour satisfaire les besoins du bébé. D'autres parents ont besoin d'un support émotionnel . Ce sont des parents pour qui devenir parents représente une expérience nouvelle, qui sont socialement isolés ou ont très peu l'occasion de parler de leur enfant avec d'autres adultes . Parfois, ils demandent à être écoutés et contenus , parler de leurs émotions ou de leur détresse, comme celle d'avoir un bébé avec une malformation ou un enfant très prématuré resté en service des soins intensifs. Quand ils ont le sentiment d'avoir compris ce qu'ils vivent, ceci peut les libérer des effets émotionnels provoqués par les expériences négatives qu'ils vivent et les rendre plus disponibles psychologiquement pour leur petit enfant .
D'autres familles semblent avoir juste besoin de conseils et de suggestions pratiques sur la façon de traiter les problèmes infantiles : difficultés d'alimentation, un problèmes de sommeil, une irritabilité excessive, l'intervention d'un spécialiste est toujours bienvenue. Les parents peuvent e pas savoir traiter ces problèmes, et tout petit « truc » indiqué par l'expert sera ardemment mis en pratique : techniques d'apaisement, de stimulation sensorielle, et d'alimentation. Ces parents ont davantage besoin d'aide pratique et ne demandent qu'à la mettre en oeuvre.
Enfin, il est des parents
qui ont plus de difficultés, des problèmes multiples ( remontant
parfois aux générations précédentes) ont très
peu de ressources psychologiques pour répondre aux besoins
de leur bébé. Souvent, ces parents qui ont connu beaucoup
de pertes et de ruptures dans leurs relations ont tendance à mal
comprendre ce qu'exprime leur enfant. Avec ces parents, le clinicien doit
travailler d'abord à établir un rapport de confiance, ce
qui peut prendre un certain temps, et demande un programme de visites à
domicile, avec peu des conseils mais plus de support émotionnel
et d'écoute. C'est seulement après avoir débloqué
la relation avec eux que la porte peut être graduellement ouverte
pour l'écoute des commentaires concernant les besoins émotionnels
de leur bébé. Ces techniques ont été décrites
par Alicia Lieberman, Selma Fraiberg et Hisako Watanabe (Lieberman. Fraiberg
1980. Watanabe, 1987. Watanabe).
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